Concevoir un vélodrome de calibre international sans en faire un lieu réservé à une poignée d’athlètes : voilà le tour de force réalisé par les architectes du Coronation Park Sports and Recreation Centre, à Edmonton. Pour y parvenir, ils ont fait du bois un fil conducteur, de la structure jusqu’à l’expérience des usagers.
Dès les premières esquisses, l’équipe savait qu’elle intervenait dans un lieu emblématique.
« Coronation Park occupe une place importante dans l’histoire d’Edmonton. On voulait que ce nouveau centre enrichisse le parc », explique Darryl Condon, associé directeur chez hcma architecture + design. « Notre objectif était de créer un lieu qui prolonge l’usage du parc en toutes saisons. Un lieu qui exprime l’engagement d’Edmonton envers le sport et la vie communautaire, et qui servira les citoyens pendant des générations. »
Le défi était de taille. Le projet devait à la fois répondre aux besoins spécialisés de l’entraînement en cyclisme et en triathlon et demeurer accueillant pour les familles, les sportifs amateurs et les résidents du quartier.
La solution repose sur une idée aussi simple qu’ingénieuse : suspendre la piste cyclable d’un étage au-dessus du sol. Les plateaux sportifs se trouvent au niveau de la piste. Le terrain multisport, lui, occupe le niveau inférieur, dans un espace plus informel.
« À notre connaissance, cette configuration est unique au monde. Les cyclistes ressentent l’énergie de la communauté, tandis que les visiteurs découvrent ce sport simplement en levant les yeux. L’architecture devait susciter la curiosité, donner envie de s’arrêter ou même d’essayer quelque chose de nouveau. »
Une architecture inspirée par le bois
Le bois s’est imposé naturellement dans la conception de ce projet à structure hybride. D’abord parce que la piste du vélodrome est elle-même construite en bois, mais aussi parce que les architectes souhaitaient établir un dialogue visuel entre cette structure sportive et le bâtiment.
« Les pistes de vélodrome sont fascinantes. Elles utilisent des composantes de bois relativement simples pour créer des courbes et des formes très complexes. Nous nous sommes inspirés de cette même logique », explique Darryl Condon. « On ne voulait pas que le bâtiment se contente d’abriter la piste : on voulait que son architecture y réponde. » Des panneaux structuraux apparents en contreplaqué massif (mass plywood panel), mesurant 4 pieds de largeur, 43 pieds de longueur et 2 pouces d’épaisseur, s’étendent sur le pourtour du bâtiment et couvrent une surface de 60 000 pieds carrés.
Le bois massif utilisé pour la structure répond également aux ambitions environnementales du projet. « C’était le choix naturel pour atteindre nos objectifs de durabilité. Il nous a permis de réduire le carbone intrinsèque du bâtiment tout en lui donnant une expression matérielle authentique et durable. »
Dans un grand édifice public, estime Darryl Condon, les matériaux que les gens voient et touchent influencent leur perception des lieux. « Le bois apporte une chaleur, une impression de confort et de proximité qui contrebalancent le caractère parfois imposant, technique ou institutionnel de ce type d’installation. »
L’usage du bois a aussi facilité la construction. « Les éléments de bois d’ingénierie de grandes dimensions convenaient parfaitement à un bâtiment de cette ampleur. Ils nous ont permis de réaliser les longues portées et les formes dynamiques recherchées, tout en fermant rapidement l’enveloppe afin de le protéger du climat rigoureux d’Edmonton. »
À l’intérieur, le bois structure l’expérience des visiteurs. Les visiteurs le découvrent au-dessus d’eux, le long des parcours et dans la manière dont le bâtiment met les différentes activités en valeur. Il crée une continuité entre des espaces pourtant très variés, explique l’architecte.
Construire un vélodrome vient néanmoins avec son lot de défis, dont celui de la piste. « Elle ne pouvait être construite qu’une fois le bâtiment complètement fermé et mis en service, pour que le bois puisse s’acclimater aux conditions intérieures avant son installation. Ça a exigé un séquençage des travaux particulièrement minutieux. »
Un bâtiment conçu pour durer
Le Coronation Park Sports and Recreation Centre poursuit une certification LEED Or, mais, pour l’équipe de conception, la durabilité dépasse largement la seule question des émissions de carbone.
« Les bâtiments que les gens apprécient ont davantage de chances d’être entretenus, adaptés et préservés au fil du temps, affirme Darryl Condon. La durabilité consiste aussi à créer un lieu auquel la population s’attache et qu’elle souhaite protéger. »
Depuis son ouverture, cette vision semble porter ses fruits.
« Le bâtiment a été décrit comme un lieu de rencontre, une destination et un endroit qui rassemble des personnes de tous les âges, peu importe leur condition physique ou leur niveau de pratique », souligne Darryl Condon. « Ça confirme ce qu’on croyait depuis le début : les bâtiments publics peuvent susciter la fierté, la joie et la participation. On en est très fiers. »
Équipe de projet :
Client: ville d’Edmonton
Architecture : hcma architecture + design et Dub Architects, en collaboration avec FaulknerBrowns
Structure : Fast+Epp
Ingénierie mécanique/électrique : Williams Engineering
Ingénierie civile : WSP
Entrepreneur : Clark Builders
Paysage : PFS Studio
Code de construction : LMDG
Enveloppe : RJC
Acoustique : RWI
Programmation fonctionnelle : Resource Planning Group Inc. (RPG Inc.)
Fournisseurs : Freres Engineered Wood et CutMyTimber