Financé par le Programme d’innovation en construction bois du ministère des Ressources naturelles et des Forêts
Situé au cœur du centre-ville de Trois-Rivières, le projet L’Ouvrage combine la rénovation d’un bâtiment industriel existant de 1 155 m² et la construction d’une nouvelle aile de deux étages destinée à accueillir une distillerie artisanale, un quai de chargement ainsi qu’un espace locatif. Ce projet phare, de la stratégie ambitieuse de revalorisation des friches industrielles et commerciales d’IDÉ Trois-Rivières, représente une première québécoise pour un bâtiment industriel soumis à des charges permanentes aussi élevées. Doté d’une structure en bois massif composée de panneaux de CLT ainsi que de poutres et colonnes en bois lamellé-collé, l’agrandissement abrite notamment les espaces de production de spiritueux, un espace d’entreposage pour les barils de vieillissement de whisky et pour les visites guidées. Au rez-de-chaussée, une section de l’agrandissement est utilisée comme quai de chargement ainsi que comme entrepôt pour les matières premières sèches. Puis, la section située juste au-dessus accueille une salle dédiée aux activités événementielles et aux rencontres corporatives. Le projet se distingue par l’intégration novatrice du bois d’œuvre massif dans un contexte industriel à risques élevés (distillerie classée F1 – établissement industriel à risque très élevé), marquant une avancée majeure et une première au Québec. Véritable vitrine technologique pour la construction durable, L’Ouvrage contribue à la revitalisation urbaine de Trois-Rivières et ouvre la voie à de futurs projets industriels.
En ce qui a trait aux émissions de GES liées à la fabrication des matériaux de structure du bâtiment réalisé, elles sont estimées à 397 525 kg éq. CO2, soit 336 kg éq. CO2/m2. Les fondations en béton armé représentent une majorité des émissions de GES avec 74,2%. Les poutres et colonnes en bois lamellé-collé, ainsi que les contreventements et cadres structuraux des ouvertures en acier, sont responsables de 16,2% des émissions de GES totales. Les planchers sont, quant à eux, responsables de seulement 8,1% des émissions de GES totales. La plus petite portion de 1,5% revient à la dalle en bois lamellé-croisé recouvrant les toitures.

Figure 1 – Émissions de GES attribuables à la structure du bâtiment réalisé
Innovation proposée :
Le projet L’Ouvrage – Centre d’innovation agroalimentaire se distingue par l’intégration du bois massif dans un contexte industriel à risques élevés (distillerie classée F1 – établissement industriel à risque très élevé), une approche encore très peu répandue au Québec. La nouvelle aile repose sur une structure hybride combinant panneaux de CLT, poutres et colonnes en bois lamellé-collé, connecteurs en acier et dalles mixtes bois-béton. Le recours au bois massif a toutefois nécessité des analyses approfondies pour répondre à des exigences inhabituelles dans ce type de construction.
D’abord, il était important pour le locataire de conserver une aire de vieillissement des barils au rez-de-chaussée, et d’implanter à l’étage des équipements industriels lourds tels que de nombreux réservoirs et fermenteurs de grand volume. La charge permanente de 26 kPa, soit un peu plus de 5 fois les normes usuelles, a nécessité une trame structurale non conventionnelle capable de supporter des charges permanentes atteignant 26 kPa, respectant les hauteurs libres pour les opérations logistiques et respectant la hauteur maximale réglementaire du bâtiment.
Ensuite, il faut noter que le positionnement des colonnes a été minutieusement optimisé entre Pluritec et Bilodeau Baril Leeming Architectes afin de préserver la flexibilité des opérations au rez-de-chaussée, tandis que les portées des panneaux de CLT ont fait l’objet d’analyses et de validations spécifiques afin d’assurer leur résistance tout en limitant les coûts et les délais d’approvisionnement. Les efforts sismiques générés par le poids des équipements ont également nécessité des validations de réactions d’appuis et des connexions par essais et calculs, conciliant efficacité structurale, durabilité et intégration esthétique.
L’innovation du projet réside également dans sa capacité à intégrer les exigences complexes associées à une distillerie classée F1 (établissement industriel à risque très élevé). La conception a nécessité la coordination des règlements du Code national du bâtiment, le Code national de prévention des incendies, les normes DISCUS et les exigences de la Régie des alcools, des Courses et des Jeux du Québec. Un mur coupe-feu de près de neuf mètres de hauteur, un caniveau et un bassin de rétention en cas de déversement des liquides, ont été mises en œuvre afin d’assurer un niveau de sécurité équivalent, voire supérieur, à celui d’une structure conventionnelle en acier ou en béton.
Scénario de référence :
Dans le but d’évaluer le potentiel de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) entre la structure du bâtiment réalisé et un scénario de structure plus standard, un scénario de référence doit être développé. Un scénario de référence probable est celui pour lequel aucun ou peu d’obstacles sont identifiés face à son implantation.
Le scénario de référence retenu, qui présente une géométrie identique à celle du projet réalisé, est un scénario dont l’ensemble des composantes structurales est en acier. Les émissions de GES liées à la fabrication de ce scénario sont estimées à 478 183 kg éq. CO2, soit 405 kg éq. CO2/m². Dans ce scénario, les fondations représentent également la plus grande part d’émissions de GES avec 61,7%. Les poutres principales, les colonnes et les contreventements en acier sont responsables de 15,2%, suivi de près par les planchers (12,5%) et les toitures (10,6%).

Figure 2 – Émissions de GES attribuables à la structure du scénario de référence
Résultat GESTIMAT :
La différence entre les scénarios est attribuable principalement au type de structure utilisé, soit une structure mixte en bois lamellé-collé, CLT et acier pour le projet réalisé comparativement à une structure majoritairement en acier pour le scénario de référence. Le choix du projet innovant au lieu du scénario de référence, scénario considéré comme standard, a permis d’éviter 80 658 kg éq. CO2, soit 69 kg éq. CO2/m².

Figure 3 – Comparaison des émissions de GES attribuables à la structure (incluant les fondations) du projet réalisé (1) et du scénario de référence (2)

Figure 4 – Comparaison des émissions de GES attribuables à la structure hors sol (excluant les fondations) du projet réalisé (1) et du scénario de référence (2)
À propos du Programme d’innovation en construction bois (PICB)
Le Programme d’innovation en construction bois (PICB) du ministère des Ressources naturelles et des Forêts soutient financièrement les entreprises et les organismes qui intègrent le matériau bois de façon innovante à un projet de construction ou de rénovation majeure dans les secteurs non résidentiels et multifamiliaux.
Il a pour but d’accroître l’utilisation du bois dans la construction et, ainsi, de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) des nouveaux bâtiments et des ouvrages de génie civil (comme les ponts).
Le programme appuie notamment les projets qui permettent de développer de nouvelles utilisations du bois ou qui nécessitent le déploiement d’efforts supplémentaires en raison du choix de ce matériau.
Le programme est financé dans le contexte du Plan pour une économie verte 2030. Il s’inscrit dans la Politique d’intégration du bois dans la construction et de son Plan de mise en œuvre 2021-2026.
Lien vers le Répertoire de projets de construction innovants en bois soutenus par le Programme d’innovation en construction bois et le Programme de vitrine technologique pour les bâtiments et les solutions innovantes en bois.




